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Bali, je ferme un chapitre

Canggu. Je suis venue la première fois dans ce petit village de pêcheurs il y a trois ans et demi avec un sac à dos et mon tapis de Yoga. Je me souviens ce premier après-midi à Berawa beach : je buvais une noix de coco à ce petit bar de plage, regardant les gens surfer et rêvant que cela puisse être moi un jour. J’étais supposée rester 12 jours et je suis finalement restée un mois. C’était impossible de partir !

Peu de temps après que je sois rentrée en France, j’ai quitté mon travail, mon appartement et mes sept années de vie parisienne, booké un aller simple pour l’Indonésie avec un seul rêve en tête : apprendre à surfer.

J’ai passé l’année qui a suivi la plupart du temps seule, tentant de déchiffrer les vagues, les marées, le « take-off » – avec une sérieuse blessure au dos, pas la chose la plus simple sur terre. Tout cela était si nouveau pour moi ! Et alors que je prenais mes premières vagues, je vivais les plus belles heures de mon existence.

Après un certain temps, j’ai été contrainte de trouver un moyen de gagner de l’argent loin de la maison. Je me suis dégotée un vieil ordinateur et j’allais écrire tous les matins dans un petit café qui s’appelait « Hungry Bird ». Pas cher et super bon. Je n’avais absolument aucune idée de ce que je faisais, mon anglais était déplorable, j’étais plus ou moins perdue… mais j’étais heureuse et à ma place.

Aujourd’hui, Canggu attire des milliers de « digital nomades » qui ont transformé cette vie simple et d’aventure en quelque chose de branché et de prévisible. Ils viennent à Bali avec un plan et savent déjà, d’après toutes les adresses incontournables qu’ils ont vu sur Instagram, où ils vont aller. Parce que c’est « cool ». Les pires d’entre eux sont ce qu’on appelle des « influenceurs », qui prennent absolument tout en photo, leur nourriture, leur face, et j’en passe, sans jamais prêter attention à l’ile qui les entoure, les temples, les locaux… Ils dénaturent Bali avec leur non-sens, leur superficialité exacerbée, et cette tendance embarrassante à tout capturer au lieu de vivre simplement cette « vie de rêve » dont ils font la promotion sur les réseaux sociaux.

Les routes s’écroulent. Les rizières disparaissent. Pour toujours plus de restaurants, spas, boutiques, espaces de co-working – alors même qu’il est interdit de travailler, même à distance, lorsqu’on a pas de permis de travail, soyons honnête… C’est bondé, c’est bruyant. C’est n’importe quoi.

Je me souviens ce petit bar de plage depuis lequel je regardais le surf ma toute première fois ici. Ils l’ont détruit quelques semaines après pour construire un club où les touristes consomment des cocktails hors de prix, prennent des selfies toute la journée dans la piscine et écoutent de la musique à plein tube. Si c’est la vie qu’ils veulent tant mieux pour eux. Je ne peux juste pas supporter quelque chose d’inauthentique, qui n’a pas d’âme. Et aujourd’hui, je suis si heureuse de quitter cette mascarade pour un lieu sauvage qui me correspond à 100% et me fait vibrer.

Bien sûr, je ne suis personne pour dire qu’ils ont tort et que j’ai raison. Je crois aussi que tout vient avec sa part d’ombre et de lumière. Bali m’a appris cela : d’aussi loin que je me souvienne, ils appellent cela « Sukha Dukha ». Mais j’espère quand même qu’un jour ils réaliseront qu’ils ont transformé l’ile des Dieux en l’ile d’Instagram, du plastique et des digitals nomades qui sont aussi nomades que moi je suis un oppossum.

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