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Relations toxiques : et si on commençait par s’aimer ?

Aujourd’hui j’avais très envie de vous partager mes réflexions les plus récentes sur les rapports que nous entretenons les uns avec les autres. Notamment les rapports toxiques qui ne sont finalement que le reflet, et je suis sûre que vous le savez déjà, du rapport que nous entretenons avec nous-même et de tous les dysfonctionnements qui peuvent en découler.

Pendant très longtemps je me suis détestée. Bien sûr, ce n’était pas tout le temps. Il y a eu des moments de respiration et d’apaisement où je me traitais mieux, où je me respectais. Mais c’est vrai que sur l’ensemble, j’ai passé une majeure partie de ma vie à me condamner intérieurement pour tout ce que je pouvais être, mais surtout pour tout ce que je ne pouvais pas être.

Cette année, comme beaucoup d’entre vous, j’ai ressenti qu’il était indispensable de travailler sans plus attendre sur l’estime de moi. C’est passé non pas par la guérison à proprement parler de mes blessures, mais plutôt par le fait de les regarder en face, en pleine lumière, telles qu’elles sont. Pour les reconnaître, les accepter, et enfin me questionner sur comment faire évoluer ces dysfonctionnements, déterminer leur origine, de quelle croyance viennent-ils, et trouver un moyen efficace de changer ces croyances.

Cela n’a pas été facile, bien au contraire. Il n’y a rien de plus difficile que d’observer et reconnaître ses zones d’ombre. D’autant que l’on peut souvent avoir l’impression que c’est un travail sans fin. A chaque nouvelle Lune, on pose ses intentions. A chaque pleine Lune, on s’aperçoit au final de tout le chemin qui nous reste à parcourir pour arriver à la sérénité, à l’abondance, à l’accomplissement. On pensait avoir évolué… Mais c’est tout juste si on fait un pas en avant.

Oui, c’est long et c’est dur de se libérer. On finit même parfois par se dire qu’on y arrivera jamais. Qu’on peut certes se voir en pleine lumière, ce n’est pas pour autant que l’on change. On sera toujours quelque part au fond de soi ce petit enfant blessé, en manque d’amour et de reconnaissance. Sauf qu’il vient un moment où l’on grandit, et où s’aperçoit que l’opportunité d’évoluer véritablement s’est en réalité présentée à nous à plusieurs reprises, nous ne l’avions tout simplement pas reconnue. Pour la simple et bonne raison qu’une part de nous apprécie sans doute rester dans la souffrance : ce que l’on connait si bien. Nous avons peur d’une certaine façon d’aller mieux, car cela voudrait dire renoncer à tout un tas d’autres choses. Mais aussi parce que nous n’aurions peut-être jamais pensé que cette opportunité d’évoluer se présenterait sous la forme d’un alter-ego, c’est à dire une amie, un amoureux, une mère, un collègue de travail, une soeur… ou plutôt un miroir. Et c’est pour cette raison que nous avons laissé cette personne nous « maltraiter », même si cela ne s’est pas nécessairement fait de manière visible, cette personne ainsi que toutes les autres qui ont pu faire de même par la suite.

Ces personnes souffrent en général exactement de la même blessure que nous – ou d’une blessure différente mais qui les affectent de la même façon. Et ces personnes vont nous « utiliser », non seulement pour nous prendre de l’énergie (puisqu’elles ne parviennent pas à se nourrir elles-mêmes) mais aussi pour nous accabler de manière indirecte ou non (notre lumière leur est insupportable, ou bien ces personnes ne veulent pas souffrir seules de ses blessures). Leurs tentatives d’accablement peuvent parfois prendre la forme de commentaires cyniques, de critiques dévalorisantes, de mots parfois à l’apparence anodine mais qui en réalité contiennent un jugement, une accusation, un sarcasme… Des mots blessants que nous finissons par pardonner parce que, « oh après tout ce n’est pas si grave ».

J’ai constaté ce mode de fonctionnement chez un nombre incalculable de personnes – moi y compris – car ce sont des mécanismes totalement inconscients qui se mettent en place de manière spontanée tant qu’on a pas encore reconnu certaines de nos blessures. C’est à dire tant que l’ego résiste, ou bien qu’il y a encore trop de colère pour qu’un rapport authentique s’établisse entre nous. Tant qu’on est pas « guéri », nous nous accommodons de ces échanges dévalorisants, de ces relations énergivores qui nous vident, que nous pompent, qui nous épuisent – même si ce n’est que de manière occasionnelle. Mais une fois que l’on s’est réapproprié son énergie, une fois que l’on a retrouvé toutes les parts de soi qu’on avait laissées à ceux et celles qui nous les avaient prises, on ne laisse plus personne nous les voler à nouveau. Et non, un vol d’énergie ne se fait pas uniquement à travers des agressions physiques ou des gestes déplacés… Cela se fait aussi avec des mots, des façons de s’exprimer, des intonations, un regard porté sur nous.

Bien sûr, il ne faut pas blâmer ces personnes. La première chose à faire, c’est reconnaître qu’elles viennent nous montrer une part de nous que nous ne voulons pas voir, ou bien sur laquelle nous devons encore travailler… Ce qui revient à dire que ces personnes souffrent au même titre que nous souffrons, c’est donc finalement aussi une opportunité de s’ouvrir à la compassion. Cependant, il faut avancer et si possible s’éloigner, du moins tant que ces personnes n’ont pas entrepris un travail sur leurs blessures personnelles. Etre compatissant OUI, mais s’oublier totalement au profit de la tolérance NON.

Généralement, ce tri se fait plus ou moins naturellement. J’ai constaté à ce sujet que le moment où l’on fini par reconnaître que nous aussi nous pouvons être désobligeant et donc décider de faire en sorte que nous ne le soyons plus, induit automatiquement le moment où nous réalisons que nous ne voulons plus entendre ces commentaires ni laisser ces personnes énergivores nous prendre de l’énergie. Si on ne leur plait pas véritablement, si elles ne nous apprécient pas à notre juste valeur, si elles sont incapables de se réjouir pour nous quand nous sommes heureux, souhaitons-leur tout le bonheur du monde et allons-nous en…

Personne n’est en droit de vous dire que vous n’êtes pas assez bien pour faire telle ou telle chose, ou pas assez expérimenté pour vous désigner comme tel ou comme tel. « Personne ne t’attend à Paris pour être professeur de Yoga » ; « J’ai trouvé très présomptueux que tu te proclames Astrologue ». Personne n’est en droit non plus de vous dire qu’elle n’aime pas ce que vous êtes de manière totalement gratuite alors que vous n’avez rien demandé. « Je n’aime pas tes idées, tu es complètement à côté de la plaque » ; « Ah tiens tu es une scientifique maintenant ? ». Personne n’est en droit de commenter vos choix ou bien les personnes avec qui vous partagez votre vie « Comment c’est de partager sa vie avec quelqu’un qui vit à ses crochets ? » ; « C’est une histoire qui ne va pas durer de toutes façons, il te faut un homme, un vrai ! ». Personne n’est en droit de vous dire que vous êtes arrogante quand vous donnez un conseil de manière sincère et amicale simplement parce que l’autre projette ses propres souffrances sur vous, et qu’il n’a pas envie d’entendre que vous allez mieux ou que vous puissiez avoir compris quelque chose que lui/elle n’a pas encore intégré. « Merci pour ta condescendance mais je n’en ai pas besoin ». Et je pourrais continuer ainsi pendant des heures…

Toutes ces phrases ont été prononcées par des membres de ma famille, des « ami.es », et même des personnes qui se sont présentées à moi comme des mentors – si si, je vous assure. Il y a des vampires absolument partout – et ce ne sont pas des mots qui ont été prononcés dans un emportement ou sous le coup de la colère, mais bien dans le calme le plus total. Et je vous rassure : je ne leur en veux absolument pas, je pourrais dire que c’est pardonné mais la vérité c’est que pour la majorité je ne me suis même pas mise en colère. Nous sommes de toutes façons nous aussi des vampires, en tout cas tant que nous ne sommes pas guéris, autrement nous n’attirerions pas ce genre de propos… J’ai moi aussi prononcé des paroles ou bien eu des pensées fruit d’une certaine frustration, de l’envie ou bien d’un manque de confiance en moi. J’ai moi aussi usé de stratégies linguistiques, de tournures de phrases qui auraient pu passer pour de l’innocence alors que derrière, il pouvait y avoir une volonté de nuire ou de blesser. Et j’ai ressenti une honte immense de ne pas avoir eu un cœur pur quand j’ai prononcé ces mots.

Il est donc normal, dans ces conditions, que la vie mette sur notre route des brebis égarées, égarées tout comme nous le sommes ou tout comme nous l’étions, pour nous montrer tout ce que nous sommes incapables de voir à notre sujet, et que ces personnes puissent elles aussi ouvrir les yeux en retour. Car il est de notre responsabilité de faire cette guérison, ou plutôt ce travail d’acceptation sur nous, pour NOUS libérer. Et pour donner aussi une opportunité à l’autre de se guérir de tout ce qui le détruit, qui le pousse également à vouloir détruire l’autre – inconsciemment ou pas. Tant que nous entretenons ces relations toxiques, nous abondons dans le sens de la souffrance de l’autre, ainsi que dans le sens de notre propre souffrance. Or personne n’a envie de stagner indéfiniment… Il vient un moment où il faut devenir un.e adulte , se libérer, avancer, évoluer. Or devenir adulte n’a rien à voir avec les années qui passent. C’est plutôt le moment où l’on prend ses responsabilités par rapport à tout ce que nous répétons.

Il vient donc un moment où il faut grandir. Mais aussi un moment où il faut s’aimer. Et cela commence par récupérer ce qui nous appartient, rendre à l’autre ce qu’on lui pris, et continuer son chemin.

Crédit photo : Sarah Mak

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