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J’ai testé un mois de jeûne intermittent

C’était début avril. Le 12 avril pour être exact – je me souviens très bien de la nouvelle Lune en Bélier. Le thème de cette lunaison était, comme souvent avec les nouvelles Lunes si propices à l’introspection, regarder à l’intérieur de soi… Un thème que, sans le savoir, j’ai pris au pied de la lettre en me rendant dans un cabinet de radiologie pour passer un nouveau scanner…

Cela faisait plusieurs mois que je me plaignais de douleurs au dos. Il faut savoir que je me suis faite opérer d’une hernie discale en janvier 2018, mes lombaires sont donc la zone sensible de mon corps. J’ai souvent mal, je dois faire attention, respecter une certaine hygiène de vie… Mais cette fois-ci, les douleurs que je ressentais n’étaient pas du tout localisées où j’avais été opérée. J’étais incapable de déterminer leur origine : un manque d’activité, un faux mouvement, une nouvelle saillie discale ? Une seule façon de le savoir : aller regarder à l’intérieur, comme le suggérais cette fameuse Lune. Ce que j’ai fait littéralement, donc…

Quand je suis allée chercher les résultats, le couperet est tombé : discopathie dégénérative à pratiquement tous les étages de mon dos, du milieu jusqu’aux lombaires. C’est le terme médical que l’on emploie pour désigner ce que l’on appelle plus communément l’arthrose. Oui, de l’arthrose à 32 ans ! Après une opération seulement quelques années plus tôt. Une nouvelle qui m’a réjouie, comme vous vous en doutez. J’ai pensé qu’à cette allure, je serais probablement ménopausée à 45 ans, atteinte d’Alzheimer à 55… Je plaisante, bien sûr. Mais tout de même, j’avoue m’être demandée à quoi allait ressembler le reste de ma vie avec un dos en compote. Cela m’a tout de même permis de comprendre pourquoi il m’était impossible de corréler les douleurs que je ressentais à mes activités, ces douleurs étant apparues sans explication véritables. « Avec l’arthrose, on a mal quand on en fait trop et quand on en fait pas assez », dixit mon papa docteur. C’est un peu une autre façon de dire qu’on a mal tout le temps… Lol. A moins cependant de trouver la voie du milieu. L’équilibre parfait. L’harmonie que mon corps réclame tant. Mais avant de trouver l’équilibre, il faut faire un grand ménage…

Justement, à cette époque-là nous approchions du Ramadan – je vis au Maroc depuis octobre 2020. Je ne pratique aucune religion mais j’ai trouvé l’opportunité fabuleuse, moi qui n’avais jamais essayé autrefois le jeûne intermittent. C’est donc avec une excitation certaine que j’ai pris la décision de jeûner au même rythme des personnes autour de moi. A la différence près qu’au moment des repas, je ne consommerais que ce qui me fait du bien. J’ai donc commencé à établir la liste de toutes les choses que j’allais supprimer de mon alimentation – comme les produits laitiers et le gluten, versus celles qui allaient devenir mes nouvelles alliées pour un mois, voire pour la vie ! Tout allait dépendre des résultats… Cela m’a demandé un petit travail de recherches, j’ai découvert qu’il existait de nombreux anti-inflammatoires naturels – comme le Curcuma, que je connaissais déjà et que l’on trouve partout au Maroc, mais aussi les Omega 3 ou encore le Zinc, que l’on trouve notamment dans les graines de Lin. J’ai donc fait le plein d’aliments qui me seraient bénéfiques, d’anti-oxydants que j’ai essentiellement consommé en jus. De la Vitamine D, des compléments alimentaires tels que le cuivre, les orties ou encore la reine des prés pour la souplesse articulaire. Et j’ai commencé le jeûne avec l’intention de vivre un mois de rituels, une restauration intérieure et extérieure.

Ce qui m’a la plus surprise, c’est la rapidité avec laquelle j’ai observé les tous premiers résultats : dès les premiers jours. D’une part, le corps apprécie particulièrement le jeûne. Je croyais vraiment que la sensation de privation allait être invivable, que j’allais « mourir de faim » et me jeter sur la nourriture au moment de passer à table. Alors qu’en vérité, il est même plutôt compliqué de manger après une journée entière à jeûner. La sensation de faim finit par disparaître, et le sentiment de légèreté produite par un estomac vide est tellement agréable que dévorer un repas n’est plus du tout envisageable. D’autre part, le fait de ne pas avoir à digérer quoi que ce soit préserve merveilleusement le niveau d’énergie. J’étais donc la plupart du temps en pleine forme, de bonne humeur, redoublant d’énergie, comme une vitalité et même une joie de vivre retrouvée.

avant / pendant le jeûne

Mais ce qui m’a encore plus surprise, c’est que mes douleurs ont diminué de moitié en un rien de temps. Je n’avais plus aucune inflammation – celle de mon dos mais aussi celle de mon estomac qui assimile très mal le Gluten ou encore les produits laitiers. Etant donné que j’avais supprimé tout ceci, mon corps a eu le sentiment de revivre et moi aussi – sans parler du fait que, comme vous pouvez le voir sur le montage, on perd plus de 3% de sa masse corporelle en jeûnant. Bien sûr, je ne dis pas que toutes les gênes que je pouvais ressentir avaient disparu, j’étais surtout débarrassée de l’inflammation, de la douleur qui était devenue chronique et qui rendait certains mouvements impossibles – comme arrondir le dos par exemple.

Je tenais vraiment à faire ce jeûne en pleine conscience. J’ai donc inclus dans ma routine une pratique quasi quotidienne de respirations profondes, des étirements et même des torsions que je ne faisais plus depuis des années parce qu’on me les avait fermement déconseillés suite à l’opération que j’avais subie. A mon plus grand étonnement, je me suis aperçue que mon corps avait bien au contraire besoin de tous ces mouvements, et qu’en évitant de les faire pendant aussi longtemps je m’étais figée, rigidifiée. Je suis presque sûre que c’est pour cette raison, entre autres, que l’arthrose s’est formée – ceux qui pratiquent le Yin Yoga savent que, sans pratique physique, les « fascias » (membrane qui enveloppe des groupes de muscles et certains organes) cessent peu à peu de circuler dans le corps, ce qui provoque de nombreuses douleurs.

J’ai donc tranquillement renoué avec mon enveloppe physique, un peu comme si on s’était mis à (re)dialoguer tous les deux. La méditation et la respiration m’ont beaucoup accompagnée pendant cette période de nettoyage et de régénération. Lors des séances d’étirement, abandonnée à mon souffle et suivant mon instinct, j’ai pratiqué ces mouvements alambiqués de manière intuitive, souvent asymétrique, qui ne ressemblaient en rien à ce qu’on avait pu m’apprendre mais qui me faisaient un bien fou ! Ayant (aussi) une mini scoliose, j’ai fini par reconnaître qu’il était impossible de travailler normalement alors que les courbes de mon dos ne sont justement pas « normales ». La meilleure façon de s’étirer dans ces cas-là consiste tout simplement à faire ce que notre corps nous demande. Mais cela nécessite un long travail d’écoute, de lâcher prise, de patience et de bienveillance… Toutes les choses qui, au final, manquaient probablement à mon quotidien avant que je ne décide de vraiment m’occuper de moi.

En peu de temps, j’ai retrouvé une mobilité que j’avais perdue depuis des années – peut-être même que je n’avais jamais vraiment eue. Mais aussi un bien-être, un apaisement à tous les niveaux – il est impossible d’en prendre conscience tant que l’on ne souffre pas, mais le fait d’être constamment « enflammée » est épuisant. Moralement et physiquement. Ma posture a donc commencé à changer, j’ai retrouvé en clarté mentale également. Le jeûne agit à tous les niveaux, y compris celui de l’esprit. Et je peux vous garantir qu’après un mois à ce rythme, il m’a été très difficile de retrouver une vie « normale », c’est à dire de me lever et de manger. Le fait de ne passer à table qu’après une journée entière de jeûne, était devenu une habitude réellement plaisante. Comme une récompense, un moment de retrouvailles avec les petits plaisirs de la vie qui, une fois qu’on les retirent, prennent une toute autre saveur.

A chaque fois que je me suis assise pour rompre le jeûne, contemplant tous ces petits mets que j’avais pris le temps de préparer, je me suis emplie d’une gratitude infinie. C’était un moment de paix avec moi-même. Et j’avais toujours une pensée pour tous les autres qui, au même moment que moi, prenaient place pour faire exactement la même chose. Avec un esprit épuré de ses tracas. Du moins quand je mangeais seule, car j’ai aussi pris le temps de découvrir comment les musulmans organisent l’Iftar, c’est à dire le repas du soir. Ils m’ont expliqué que le Ramadan leur permettait de de se mettre à la place des personnes qui n’ont pas les moyens de manger à leur faim. Et c’est vrai qu’)à ce rythme, on finit aussi par développer l’empathie… On s’aperçoit à quel point l’être humain pense que tout lui est dû quand il vit dans l’abondance et la facilité. Ce qui n’est bien évidemment pas le cas de tout le monde sur Terre.


Bref, c’était un mois pour renouer avec le sacré, mais surtout avec mon corps. Et lui donner toute l’attention, tout l’amour dont il a besoin. J’ai pu réaliser à quel point c’était important – parfois, il y a des choses que l’on sait mais les faire descendre dans la matière est un travail encore différent. Aujourd’hui, plusieurs mois après la fin de ce jeûne, le changement est spectaculaire. Je n’ai quasiment plus aucune douleurs ni inflammation – à moins de me faire mal bien évidemment. J’ai bien sûr retrouvé une alimentation “normale” c’est à dire faite d’écarts occasionnels, de moments de gourmandises et de plaisirs. J’ai gardé l’habitude de jeûner de temps en temps, en espaçant les repas quand j’en ressens le besoin puisque je sais maintenant que cela fait du bien à mon organisme.

Et dans la mesure où le jeûne m’a permis de gagner en clarté, j’ai pu constater qu’un travail s’était également mis en place à d’autres niveaux. J’ai prise conscience de certains modes de fonctionnement qui pouvaient être dysfonctionnels, un manque de douceur à mon égard, une tendance parfois à l’auto-destruction, à ignorer les signaux que mon corps m’envoie. Tous ces mécanismes me sont apparus de manière claire… De sorte que je ne puisse plus les nier. Et en les conscientisant, j’ai pu amener de la lumière dessus afin de les transformer. Il y a encore des petites choses à régler, mais ce qui est sûr c’est que je ne suis plus la même personne. Et mon corps peut enfin respirer.

Crédit photo : Delphine Perrin x The Inka Tribe, Retraite dans les Landes octobre 2020

Une réflexion au sujet de « J’ai testé un mois de jeûne intermittent »

  1. Coucou Laura,

    Je suis tellement heureuse pour toi ! Je me suis reconnue dans tes mots car j’ai soufferts de douleurs chroniques pendant environ 7 ans. Douleurs que je n’ai plus ( ou que très rarement si je force sur la machine ) depuis que je pratique le jeûne intermittent. Tout comme toi j’ai gagné en énergie, physique et mentale et je me sens vraiment en pleine forme. Bien évidemment il m’arrive de casser le jeûne et il ne faut pas en faire tout un plat.

    Bravo pour ces belles prises de consciences/expériences ! Tu peux être fière de toi !
    Je t’embrasse bien amicalement
    Sand

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